Henri Saucisse. Seconde partie
Dernière mise à jour : il y a 36 minutes
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À la mi-septembre, je vous ai raconté l’histoire du nommé Henri Saucisse, qui, portant une soutane d’une rare élégance, a berné en 1903 à Quimper des prêtres et des bourgeois. Condamné pour escroquerie en appel à quinze mois de prison, je n’ai pas cherché à savoir ce qu’il est devenu par la suite.
Fâcheuse erreur ! Heureusement, un lecteur bienveillant m’a fourni quelques pistes trouvées sur Gallica. Des recherches complémentaires sur Retronews me permettraient d’écrire un livre sur le bonhomme, mais rassurez-vous, je me contenterai d’un article.
Né à Angers dans une famille honorable, ce charmeur aux yeux bleus, souvent habillé avec élégance, a travaillé pendant quatre ans dans un commerce de sa ville avant de monter à la capitale. Après un bref passage au rayon fantaisie du Petit Saint-Thomas, le jeune homme a goûté aux plaisirs de Paris et, ayant vite dilapidé ses maigres ressources, il a dû vendre des journaux avant de se lancer dans une activité bien plus rentable. Après avoir fait de nombreuses dupes dans une dizaine de villes sous plusieurs noms d’emprunt, le faux prêtre s’est fait remarquer dans un café de Quimper, feuilletant un journal aux dessins grivois.
Sa peine de prison terminée, en âge d’être soldat, il est remis aux autorités militaires. Les menus de la caserne rennaise n’égalant sans doute pas ceux des presbytères, il fait le mur le 28 septembre 1904 et se dirige vers la Normandie pour mettre le clergé en coupe réglée. En mars 1905, il passe quatre mois derrière les barreaux et, à sa sortie, les juges du conseil de guerre ne condamnent le déserteur qu’à trois mois de cachot.
En juin 1906, affecté au 1er bataillon d’infanterie de ligne, il part pour le Sahara. L’histoire ne dit pas s’il a, lors d’une permission, continué ses méfaits. Sa conduite sous les drapeaux n’est cependant pas exemplaire, car le certificat de bonne conduite lui est refusé. Revenu à la vie civile en 1908, il reprend sa coupable activité. Pour preuve, l’article que lui consacre Le Saint-Quentinois du 6 octobre 1909, sous le titre : L’escroc des buralistes

La gendarmerie de Roisel (Somme) a procédé il y a quelques jours à l'arrestation d'un individu qui a pratiqué dans la région une escroquerie très facile avec laquelle il a dû faire pas mal de dupes et contre laquelle il est bon que nos lecteurs soient mis en garde. Voici comment il a opéré le jour où il a été arrêté :
Cet individu qu'on a su depuis se nommer Henri Saucisse, 27 ans, se disant employé de commerce, natif d'Angers, actuellement sans domicile fixe, s'est présenté chez M. Carpentier, buraliste à Villers-Faucon, et il lui a demandé pour cinq francs de timbres-poste qu'il a placés en sa présence dans une enveloppe à l'adresse de M. Bertrand, négociant à Royé.
Ensuite, il lui a demandé un paquet de cigarettes de 0,60 F, et un timbre de dix centimes pour affranchir sa lettre. Au moment de payer sa dépense soit 5,70 F., Saucisse s'est fouillé et a fait semblant de chercher dans sa poche une pièce d'or qu’il disait posséder. Naturellement, il ne l'a pas trouvé.
Alors, il a prié M. Carpentier de lui conserver momentanément son enveloppe tandis qu'il allait chercher de l'argent, disait-il, chez un honorable cultivateur de Sainte-Émilie où il était descendu. Après son départ, le buraliste a été pris d’un soupçon et s'est permis de décacheter la lettre à l'adresse de M. Bertrand. Bien lui en a pris. En effet, cette enveloppe ne contenait que deux feuilles de papier blanc sans le moindre timbre.
Saucisse avait deux enveloppes pareilles sur lui. Pendant que M. Carpentier atteignait son paquet de cigarettes, il avait glissé dans sa poche celle dans laquelle il avait ostensiblement placé les timbres et avait sorti l'autre qui était vide. Aussitôt le buraliste s'est mis à la recherche de son escroc qu'il a retrouvé à l'extrémité de la commune de Villers-Faucon. Saucisse a avoué son escroquerie et a été remis à la gendarmerie de Roisel.
Henri Saucisse, le roi des prestidigitateurs qui se fait aussi appeler Baron, aime les voyages à pied ou plutôt en train, évidemment sans billet, d’où son enfermement à plusieurs reprises pour infraction à la loi sur les chemins de fer. Que ce soit dans l’Est, à Nancy, à Sainte-Menehould, dans le Sud, à Toulouse, Narbonne, Béziers, Ussel, il dort souvent sur la paille humide d’un cachot. N’est-ce pas un comble de s’appeler Saucisse et de n’avoir à se mettre sous la dent qu’un quignon de pain sec ?
À Béziers, celui qui a déjà seize condamnations à son palmarès, se fait servir au café Léon une consommation. Selon l’usage, le garçon lui présente le plateau aux étrennes (pourboire) et le pose à côté sur la table. Le patron du café voit l’individu plonger la main dans la boîte et en retirer trois pièces d’un franc, avant de s’en aller précipitamment. Prévenus, des agents se lancent à sa poursuite, mais Saucisse se roule sur le sol et il faut le ligoter pour le transporter au poste. Il en est quitte pour une dix-septième condamnation, mais quand on aime, on ne compte pas !

On ne compte pas non plus les rapiéçages sur son outil de travail, une soutane fatiguée qui fait de moins en moins illusion. Abonné des tribunaux pour vol, escroquerie, vagabondage et mendicité, Henri Saucisse perd parfois de sa bonhomie pour injurier les pandores qui l’arrêtent. Si les braves citoyens s’amusent parfois en lisant ses exploits, son attitude choque lorsque l’on apprend qu’il n’hésite à demander sept francs à Louise Trannoy, une pauvre femme sans ressources. Il prétend venir de la part du procureur de la République qui promet qu’en contrepartie, le mari, actuellement en prison à Péronne, sera libéré un mois avant.
L’époux se nomme Louis Barbare et, depuis leur union fin 1898, il lui a fait six enfants. La femme qui souhaite peut-être s’arrêter à ce chiffre, n’est pas pressée de revoir son bonhomme et elle dénonce Saucisse.
Sans domicile fixe, sauf quand il est hébergé aux frais de la princesse, Henri est mobilisé le 6 août 1914. Guère enchanté d’aller se battre contre les Allemands, il réussit son plus beau coup en se faisant réformer quinze jours plus tard pour diminution notable de l’acuité visuelle.
Ce peu recommandable individu peut ainsi continuer sa coupable industrie. Jamais au chômage, ni à court d’idées, on raconte qu’il tient à jour un petit Bottin qui contient les noms des personnes charitables.
Mais les tranchées ont besoin d’hommes et, bien que réformé N°2, Saucisse doit de nouveau endosser l’uniforme et partir en Tunisie pendant une année avant d’être renvoyé dans ses (son ?) foyers pour myopie double, un comble pour celui qui a été si souvent hébergé à l’œil.
Ensuite, le chercheur est presque bredouille, si ce n’est en 1918 une petite condamnation à deux mois de prison pour vagabondage à Lyon. Les journaux sont-ils fatigués de rapporter les faits et gestes de ce multirécidiviste qui aurait mérité la relégation et partir ainsi en Guyanne ou en Nouvelle- Calédonie ?
Mais c’est au Mas des Tours à Bron dans le département du Rhône qu’il décède le 16 décembre 1921. Il avait trente-neuf ans et était déclaré « employé de commerce ». Drôle de commerce !
J'oubliais : Le Mas des Tours était un asile pour esprits dérangés...
Je serai en conférence dimanche 22 novembre à SAINT JEAN TROLIMON. 15 Heures.

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Bravo pour ce récit!
Cet individu est mort jeune et c'est dommage car il avait de l'avenir et de l'imagination, mais il était quand même petit joueur dans la taille de ses escroqueries . Et je trouve que la justice était assez débonnaire avec lui. D'autres sont partis à Cayenne pour moins que ça.
Je partage d'autant plus l'avis de Ch. Nogrel que cette saucisse ne m'est pas plus sympathique que les pieds nickelés, personnages que, gamine, je n'aimais guère.
Bravo Pierrick pour les recherches sur la (courte) vie post-quimperoise de ce Saucisse qui aurait pu inspirer le dessinateur des "Pieds Nickelés"!...