Pauvres petites poules (2è partie)
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Résumé du premier épisode
Dans la nuit du 17 au 18 août 1920, les femmes Roux et Rouard, filles soumises, sont arrêtées sans motif par les agents de police Airault et Vaillant, affectés à la surveillance du port de commerce de Brest.
2e épisode
Les deux grandes ʺvoyageuses‶ (elles arpentent les quais des ports de France et de l’étranger) sont conduites au poste de police. Il est environ 23 heures. Elles n’en sortiront, vannées, qu’à deux heures du matin. Est-il besoin de préciser qu’elles n’ont guère dormi, devant affronter à maintes reprises la fureur sexuelle des deux policiers ivres ? Les déclarations de ces dames, qui ne sont pourtant pas des oies blanches, laissent pantois. Ne voulant pas être censuré, le narrateur ne parlera qu’en présence de son avocat.
Elles sont ensuite reconduites menottées jusqu’à la place du Château. Plutôt habituées à des prestations tarifées, elles doivent cette fois donner quinze francs à leurs clients d’un soir. Ils disent qu’ils boiront l’apéritif à leur santé et leur conseillent de quitter au plus vite Brest. Sinon, ils les feront ramasser.

Trois mois plus tard, Lucienne Roux, revenue à Brest, se fait arrêter par Vaillant qui veut l’emmener au poste. Ne voulant pas recommencer une aussi douloureuse expérience, elle proteste, tempête tant et si bien qu’elle réussit à se faire conduire devant le commissaire de police à qui elle raconte la nuit d’épouvante qu’elle a vécue en août avec Fernande Roux. Alors, la machine judiciaire se met en marche et les deux policiers sont écroués dans l’attente de leur procès.
À cette époque, la nommée Fernande Rouard est soignée au dispensaire de l’hospice civil, sans doute pas pour une bronchite !
Pendant l’instruction, elles sont incarcérées à la prison du Bouguen. Le juge d’instruction et son greffier, pourtant habitués à côtoyer la turpitude humaine, sont ébahis par leurs déclarations très crues.
Entendus à leur tour, les deux policiers nient farouchement, puis Airault, le plus jeune, pleure abondamment et reconnaît les faits. C’est son collègue Vaillant qui l’a entraîné. Celui-ci prétend que les deux femmes, des allumeuses, ont tenté de les corrompre, mais qu’il n’a pas cédé à leurs avances.
Le 20 janvier 1921, la cour d’assises du Finistère, siégeant à Quimper, juge à huis clos les deux prévenus, et cela au grand dam d’une assistance venue fort nombreuse assister aux débats, pensant qu’il y aurait du spectacle, et du meilleur. À l’issue des plaidoiries, la cour se retire une demi-heure pour délibérer. Les jurés ont à répondre à dix-huit questions (arrestations illégales, détentions arbitraires, viols, abus d’autorité, argent extorqué, etc.) et leurs réponses sont assez surprenantes. Ont-ils voulu aller au plus vite, la soirée étant déjà bien avancée ? Les juges et le public sont perplexes. Jugez plutôt :
À la question : les policiers ont-ils arrêté les deux femmes ? Les jurés (que des hommes évidemment) répondent NON.
Puis c’est un OUI à la majorité pour le fait qu’ils les ont relâchées ʺavant le dixième jour de détention‶.
Les deux déclarations étant inconciliables, le président demande au jury de délibérer à nouveau. Leurs réponses étant encore incohérentes, il leur est rappelé que, pour qu’il y ait excuse à un crime, il faut au moins que ce crime ait été commis.
Totalement perdus, les jurés demandent l’aide du président, sans doute excédé, et reviennent avec un Non à toutes les questions.
En conséquence, la cour acquitte Vaillant et Airault sur l’ensemble des chefs d’accusation.
C’est un procès qui a dû faire date. Aujourd’hui, il aurait scandalisé, mais à l’époque ? J’écris cet article le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, et j’ai une majorité de lectrices. Alors, vous me permettrez de ne pas prendre parti.
Note : Retraité de la police, Jean-Marie Vaillant est décédé le 31 décembre 1937 à Amiens, où il avait été muté.
Quant à Henri Airault, si vous avez de ses nouvelles, merci d’avance.
Refrain de la chanson ʺLe scandale des fous d’amour‶,
sur l’air de : ʺAh ! voilà du bon fromage‶ ( 20 couplets)
Ah ! Il fallait pas, il fallait pas qu’ils aillent,
Ah ! il fallait pas, il fallait pas y aller.
Les deux pauvres fous d’amour (bis)
Ah ! Il fallait pas, il fallait pas qu’ils aillent,
Ah ! il fallait pas, il fallait pas y aller.
Fous d’amour, fous d’amour, fous d’amour.
Amen
François Delpy, beau-père d’Henri Airault, a tenté sans succès de faire interdire cette chanson grotesque et méchante qui ne peut que nuire à la corporation des agents et à sa fille, une petite marchande très honnête et très travailleuse.
Samedi 28 mars à 16 H,
je serai en conférence à PLONÉVEZ-PORZAY
pour vous raconter une vraie guerre civile
entre les BLANCS et les ROUGES
(Cléricaux contre Laïques)
L’école du Diable contre l’école du Bon Dieu.





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