Là où Jaouen-Attila passe, la maladie trépasse ( seconde partie)
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Suite de l'article paru le 22 mai : un homme raconte le procès d'un médecin-charlatan à l'audience du tribunal correctionnel de Quimper en 1843
Nous avons bien ri en écoutant le troisième témoin. Lui, visiblement beaucoup moins, depuis que le médecin a dit au tribunal que la vue de cet homme lui inspirait du dégoût. C’est dur, très dur, et chez ce pauvre homme, les douleurs d’estomac sont revenues. Dans la salle, on craint qu’il ne pétouse à nouveau.
Je ne me souviens plus du nom du témoin suivant. Son fils souffre d’un mal aux pieds depuis de longues années et les médecins consultés ne peuvent le guérir. Qu’à cela ne tienne ! Jaouen jure que l’enfant va gambader dans huit jours. Pour ce prodige, il n’en coûtera que soixante-cinq francs au père, le tiers payable de suite. Mais, poursuit l’homme : l’accusé n’a pas attendu le reste de la somme, ni le résultat car, hélas, il a fui comme une ombre.

Les Quimpérois croient-ils aux miracles ? À la barre, la femme Carel a pensé, à la lecture du prospectus, que Jaouen était l’instrument dont Dieu voulait se servir pour exaucer son vœu. Le Seigneur la remerciait ainsi d’avoir été jusqu’à la chapelle de Sainte-Anne-La-Palud pour y mettre un beau cierge. Présentant son fils au docteur, elle lui a dit qu’elle désespérait des secours humains. Il l’a rassurée et lui a demandé la modique somme de quinze francs pour faire disparaître jusqu’à la trace de son mal. Il m’a dit aussi qu’il partirait dans trois semaines, alors qu’il est parti peu après.
Jaouen qui semblait s’être assoupi, se relève soudain : Chacun sait pourquoi il m'a fallu partir. (Sa dispute avec l’hôtelier. Cf. première partie). Pouvais-je en huit jours guérir votre fils qui avait la teigne la plus invétérée et un prurigo ?
La femme Carel a perdu ses quinze francs et peut-être sa foi en un Dieu tout puissant, mais le témoin suivant a voulu être plus malin. Il s’est présenté au docteur avec ses deux fils et a obtenu, non sans d’âpres discussions un tarif de groupe. Trente-cinq francs pour soigner trois personnes, c’est fort raisonnable. Mais les purges conseillées ont produit leur effet ordinaire sans rien changer à notre état.
Enfin, poursuit le témoin, après m'avoir fait payer d'avance, vous êtes parti en m'annonçant que vous alliez faire une opération à Lorient. Depuis ce temps, c'est la première fois qu'il m'arrive d'avoir le plaisir de vous voir ; vous avez l'air souffrant, docteur.
C’est vrai, Jaouen semble proche de faire une crise d’apoplexie. La médecine hydiopathique, dont il est à l’évidence le seul prescripteur, ne peut-elle le soulager ? Cependant, il trouve la force de répondre et, plus il parle, plus ses forces reviennent. De son long monologue (un vrai comédien), j’ai retenu qu’il avait guéri le patient d’une gastro-entérite et d’une disposition apoplectique. Rien que ça ! Pour les maladies des deux enfants, il reste plus discret.
Mais voici que s’avance le sieur Berthaud, cabaretier. Il a présenté au docteur sa fille qui a le cerveau humide et le ventre dur. Quant à sa vieille mère, elle est hydropique. Pour cinquante francs, Jaouen a promis l’impossible. À sa demande, je lui donnais un acompte ; mais il est parti sans lui avoir rien fait, emportant mon argent, et beaucoup plus tôt qu'il ne l'avait annoncé.
Jaouen répond que cet homme aurait dû comprendre que ces promesses de guérison n’avaient d’autre but que de le rassurer sur le compte de deux personnes chères qu’il aurait guéries s’il en avait eu le temps.
François Le Bescond, pharmacien à Quimper, vient dire que le docteur lui a acheté des drogues qu’il n’a, d’ailleurs, toujours pas payées, près de deux ans après. Confus, Jaouen bredouille qu’il va le faire. Mais que l’on ne compte pas sur lui pour qu’il dévoile ici ses secrets. Pouvez- vous me faire un crime de la manière dont je compose mes remèdes ?
Ensuite, l’avocat commis d’office demande le renvoi de l’affaire à une date ultérieure. Son client doit fournir au tribunal de nouvelles pièces, propres à l’innocenter. Visiblement épuisé, le président Lozac’h accepte.
Le jeudi 1er juin, me revoici deux heures avant l’ouverture des portes. Bien m’en a pris, car les lecteurs du journal ʺLe Quimpérois‶ qui a relaté la première audience sont si nombreux que beaucoup ne peuvent pas entrer dans la salle.
Le docteur demande la parole : Si je sors libre d’ici, eh bien ! Je l'annonce hautement, je me fixerai au milieu de vous et la ville de Quimper pourra voir alors ce dont je suis capable, et éprouver les bienfaits de ma médecine hydiopathique.
Il ne parle plus de la foule de documents qui pourraient le disculper. Par contre, le ministère public a enquêté pour avoir des renseignements sur toutes les personnes que le docteur a si miraculeusement guéries et dont les noms et adresses ont fait un si grand effet sur son prospectus. On lui a répondu de toutes parts que les personnes citées n’existaient pas.
Alors, le malheureux docteur, déconcerté par cette annonce qu’il n’avait pas prévue, change soudain de système de défense. Ses grandes envolées, façon tribun, laissent place à un aveu presque chuchoté. Oui, il avoue que l’Hydiopathique est une chimère et que cette méthode inventée par lui ne produit d’effets que sur le papier.
Comme les plaignants, j’avoue avoir été déçu par cette fin peu glorieuse. Le culot de cet homme m’a plu et, sûrement aussi rusé qu’intelligent, il n’a berné que ceux qui voulaient bien être dupes. Si ces remèdes n’avaient pas fait de bien, ils n’avaient pas fait de mal non plus.
Dans son réquisitoire, le procureur accuse le dénommé François-Étienne Jaouen de manœuvres frauduleuses dans le but de persuader de l’existence d’un pouvoir imaginaire. Mais le tribunal est bien plus clément. Sans doute touché par le repentir du prévenu, bien qu’il soit quelque peu tardif, il le condamne à un mois de prison et à vingt-cinq francs d’amende. C’est peu, vu les deux chefs d’inculpation, et le public quitte la salle en bougonnant. Les citoyens honnêtes ou prétendus tels aiment bien les mises à mort.
ʺLe Quimpérois‶ conclut ainsi son article : Il résulte de ceci deux enseignements bien vieux, mais qui, d'après ce que nous venons de voir, ont encore besoin d'être rappelés. C'est premièrement qu'il n'appartient qu'à Dieu de guérir à coup sûr, et deuxièmement qu'il faut se défier de tous ces charlatans qui viennent si souvent exploiter sans pudeur la confiance et la crédulité publique.
Quant à moi, je m’interroge : dans quelle région française, Jaouen va-t-il désormais exercer sa singulière médecine ? Ou peut-être même à l’étranger ? Il y a tant de gens crédules de par le monde !
En attendant, je souffre toujours d’un mal que mon médecin ne peut guérir…. Avais-je moi aussi espéré en l'Hydiopathique du bon docteur Jaouen ?
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Dimanche prochain 7 juin dans l'après-midi, je serai au château de TROHANET à LANGOLEN en compagnie de 4 autres auteurs, avec mes livres, dont le tout nouveau DOUBLE JEU.




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