Saucisse. Quel drôle de nom pour un abbé !
Je reprends aujourd’hui la publication du blog bi-mensuel. N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez (par mail ou en cliquant sur le cœur (explication en fin de l'article)
Début septembre 1903. Attablé dans un café de la rue du Chapeau Rouge à Quimper, un homme assez jeune se délecte d’une absinthe corsée tout en feuilletant un journal illustré. Et alors, me direz-vous ! Ce bon vivant qui s’esclaffe à la vue de dessins égrillards ne fait de mal à personne.
Certes ! Mais approchons-nous. Ce joyeux drille, à la face longue et aux sourcils rapprochés, est un prêtre qui porte une soutane d’une rare élégance, dira un témoin. Choqué, ce dernier en parle autour de lui avant d’aller raconter au commissaire Terrene ce qu’il a vu.

Intrigué, celui-ci fait vite le rapprochement avec un ecclésiastique qui, depuis quelques jours, rend visite à des prêtres, des membres de communautés religieuses et à quelques riches particuliers bien-pensants.
Présentant si bien, il est partout accueilli avec déférence et, de plus, n’est-il pas, suivant les jours, le neveu de l’archevêque de Tours ou de l’archiprêtre de Notre-Dame de Paris ? Rien que cela !
Un jeune vicaire à la parole élégante et aux manières distinguées ne peut être un aigrefin. Lorsqu’il explique qu’il a perdu son porte-monnaie ainsi que son portefeuille dans lequel se trouve un billet de train pour rejoindre son domicile à Angers, on lui prête dix ou vingt francs pour le dépanner.
Espérons que Dieu les leur rendra, car les prêteurs ne revoient évidemment plus notre homme, et "La Semaine religieuse" met en garde ses ouailles.
Après avoir télégraphié à Angers et obtenu des renseignements plus que mauvais, le commissaire et quatre de ses hommes se présentent samedi vers les quatre heures à l’accueil de l’hôtel de la Paix, rue des Réguaires, Dès qu’il les aperçoit, le pseudo-abbé prend peur et s’empresse de jeter des papiers dans le cabinet d’aisance. Hommes de devoir, les policiers n’hésitent pas à les retirer de la fosse. Nettoyés, ces documents contiennent les noms des personnes escroquées.
L’homme, inscrit sous un nom d’emprunt à l’hôtel, est conduit au poste où il finit par avouer sa véritable identité. Âgé de 21 ans, il se nomme Henri Saucisse, fils d’un cocher de fiacre d’Angers et d’une couturière. Déjà condamné à trois mois de prison par le tribunal de Mamers, il se livre depuis quelque temps à de minables forfaits qui lui assurent une vie facile aux dépens d’hôtes bien naïfs.
Écroué, il doit quitter sa soutane, son seul habit, pour endosser le costume gris-marron des prisonniers. Sur le registre, en date du 6 septembre 1903, le directeur de la prison écrit en face de religion déclarée la mention : catholique. Heureusement ! L’histoire ne dit pas s’il a réussi à ʺemprunter‶ quelque monnaie auprès des gardiens pour améliorer l’ordinaire à la cantine, notre homme étant habitué à faire bonne chère.
Le 10 novembre 1903, maître Le Diberder a la lourde tâche de défendre le dénommé Saucisse devant les juges du tribunal correctionnel du Finistère. Son client est accusé de port illégal de costume ecclésiastique, d’escroquerie et de vagabondage.
Peu de victimes se présentent à la barre pour raconter leur mésaventure. Ils ont sans doute honte d’avoir été roulés dans la farine.
Cependant, un honorable commerçant raconte qu’ayant invité l’abbé un vendredi, jour de la passion du Christ, il s’est excusé de lui proposer des mets maigres. Qu’à cela ne tienne, a répondu notre bon Saucisse. Lorsque je voyage, j’ai le droit de manger n’importe quel plat et je vous accorde à vous et vos proches une dispense générale. Nous allons pouvoir manger gras, a-t-il conclu en riant.
Effarés, les juges rient beaucoup moins et condamnent l’escroc à huit mois de prison, qui sont portés à treize mois en appel. Il avait sans doute cru en la providence, mais les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables.
Le 3 décembre, affublé désormais d’un veston, d’un pantalon noir et d’un chapeau melon, la soutane pliée dans une malle (cela peut toujours resservir !), l’homme est extrait de la maison d’arrêt quimpéroise pour purger sa peine à la prison de Rennes.
Devenu par la suite employé de commerce à Villemomble (Seine), Henri Saucisse est toujours célibataire lorsqu’il décède le 16 décembre 1921.
Faute d’archives complémentaires, on n’en saura pas plus. Encore une histoire qui finit en eau de ... boudin !
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😅
Ah le petit salopiaud ! N'empêche : celui-là,, la justice immanente l'a rattrapé. Il n'a pas vécu longtemps . La soutane avait-elle été rendue au diocèse ?